Cinéma - Wardi de Mats Grorud (2019)

Je vous préviens tout de suite : Ce film d’animation n’est absolument pas pour les enfants, même s’ils peuvent le voir après 10 ans. Le sujet est dur, puisque le réalisateur (suédois) nous emmène à la découverte de Burj El Barajneh, l’un des camps de réfugiés palestiniens au sud de Beyrouth (Liban).

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Le film mélange du pur dessin animé et du film d’animation avec des marionnettes en stop-motion du plus bel effet. L’héroïne est une petite fille, Wardi, à qui on promet une grande réussite mais qui ne comprends pas vraiment où elle vit et ce qu’ont vécu ses parents et leurs parents depuis la création du camp. Et tout commence le jour anniversaire de la Nackba, la Catastrophe, comme les palestiniens appellent le jour de l’exil. Évidemment, ce film ne montre que le côté palestinien mais s’intéresse plus au sort de ce camp qu’au conflit Israelo-palestinien où la rancune est montrée comme atténuée au fil des générations. 

De l’arrière grand père à l’oncle, tout le monde va raconter son histoire à Wardi, et à travers eux, l’histoire du camp. Nous allons vivre cela dans des moments de dessin animé, le présent étant représenté en stop motion. Le dessin est sans doute moins travaillé que les marionnettes mais ça n’enlève rien à la force du récit. Ce n’est évidemment pas joyeux, très dur à supporter, à l’égal de ce qu’ont subi ces paysans, cultivateurs de fruits qui se retrouvent parqués dans un camp de toile en 1948 et que l’on voit se transformer en tours (le titre anglais est The Tower). Nous voyons aussi la guerre civile au Liban et ses conséquences avec notamment une longue séquence utilisant des photos de cette famille. Car l’histoire du film se base sur une ou des histoires vraies.

Le film est dur, parfois froid et glaçant comme le tir d’un sniper mais possède aussi de grands moments de poésie, comme pour échapper à la folie des Hommes. Les pigeons y ont une grande place, et je vous laisse la découvrir. Malheureusement, sur un sujet hautement conflictuel, la distribution est restée trop souvent dans les salles d’art et d’essai. Il est vrai que pour beaucoup de gens, dessin animé = film pour enfant et il serait temps de sortir de ce schéma. Ici le réalisateur donne une vraie place aux enfants face à la guerre et il aurait été difficile d’être aussi pertinent dans un film classique. Cette coproduction norvego-suédo-française, sans être un must, est à voir si vous aimez l’animation, ce sujet, même si ça ne résoudra pas grand chose sur la guerre ou ce conflit. Cela permet aussi de se souvenir du sort de ces réfugiés qui ont toujours un statut bien à part dans nombre de pays du moyen-orient, mais aussi un impact politique non négligeable localement. Mon regret est qu’on voit peu les manipulations de groupes extrémistes (ou pas) qui ont du pouvoir sur ces camps et sur les jeunes. Le spectateur ne voit que les conséquences.

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Written on March 15, 2019
Categorie : cinema
Tags : 2010s,Cinéma,enfance,guerre,israel,liban,palestine