Géopolitique - Syrie, avec des si....

Aujourd’hui, le Guardian révèle une proposition diplomatique russe de 2012 qui aurait peut-être pu sortir le pays de la crise. Refusée par la France et les autres pays de l’OTAN, elle pose bien des questions autour de la compréhension de la crise du moyen-orient. La proposition russe émane de Vitaly Churkin, représentant de Vladimir Poutine aux Nations-unies, où rappelons le, la Russie a un siège permanent au conseil de sécurité. Elle est rapportée par le prix nobel de la Paix Martti Ahtisaari, ancien président finlandais, et diplomate chevronné. Il s’agissait de négocier un départ acceptable pour Bachar El-Assad afin d’assurer une stabilité du pays ensuite. En effet, les russes disposant de bases maritimes militaires, l’effondrement du pays serait une catastrophe pour eux. M. Ahtisaari révèle que son interlocuteur rentrait juste du Kremlin et devait donc transmettre une demande négociée avec l’accord de Vladimir Poutine. Malheureusement, les autres pays décisionnaires (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France essentiellement), ont refusé la propositionnant, se basant sur l’hypothèse que les jours du dirigeant Syrien au pouvoir étaient comptés.

Un symbole du parti Baas qui en dit long

Et c’est là que l’on voit la méconnaissance totale du contexte syrien. Car si opposition il y a, le parti Baas au pouvoir dispose d’un large soutien de la population. Il représentait jusqu’ici une stabilité, un relatif confort de vieà à défaut de liberté d’expression et aussi la laïcité. Il faut se souvenir que la Syrie est aussi un pays tribal mélant de nombreuses religions et constitué au sortir d’une colonisation anglo-française. De cette colonisation, après l’accord Sykes-Picot, découle un découpage à la logique difficile à comprendre. A l’indépendance en 1946, le pays est l’objet de nombreux coups d’état, jusqu’à l’arrivée de Hafez El-Assad en 1970. La stabilité du pays face à ces luttes intestines entre tribus est à la fois le fait de la force mais aussi d’un consensus entre les minorités religieuses, celle des El-Assad étant les alaouites (15% de la population). Il y a notamment 35% de chrétiens. Durant l’entre-deux guerres, afin d’assoir son pouvoir, la France (comme ailleurs le Royaume Uni, la Belgique, ….) a joué avec ces rivalités religieuses et ethniques, donnant du pouvoir à chacun et montant les uns contre les autres. Le résultat se mesure aujourd’hui avec un choix pour les populations qui se résume à :

  • Partir…
  • Soutenir le parti Baas
  • Soutenir l’organisation “Etat Islamique”  qui cristalise les divers groupuscules aujourd’hui.

Qu’en aurait-il été si cet accord avait été passé ? Nul ne le sait vraiment mais on peut penser que Bachar El-Assad aurait été exfiltré avec peut être quelques autres dignitaires du parti. Toutefois, la réconciliation n’aurait pu se baser que sur une ossature baassiste, avec ces 8 composantes officielles. On voit aujourd’hui ce qui est arrivé en Egypte où la révolution a été reprise en main par les militaires autrefois au pouvoir. Seule la Tunisie, plus unie autour d’un sentiment national, peut donner un exemple inverse. L’accord de la Russie mais aussi de l’Iran ainsi que de la Turquie voisine aurait du être un préalable, de même qu’une négociation avec les pays du golfe qui ont soutenus considérablement les rebelles de tous bords. Ceci n’a pas été fait et les conséquences sont encore minimes pour l’occident, par rapport aux 10 millions de réfugiés qui gravitent dans cette région du globe. Une conclusion que partage également Martti Ahtisaari, d’ailleurs…

Written on September 17, 2015
Categorie : geopolitique
Tags : diplomatie,europe,Geopolitique,OTAN,russie,syrie