Cinéma - Scandale de Jay Roach (2020)

Une histoire vraie, de grandes stars, un sujet tendance, cela devrait donner un film à succès. Et si ce film arrivait finalement un peu tard ? ou l’histoire ?

Nous sommes en 2015, pendant la campagne des élections américaines dans la rédaction de la chaîne conservatrice Fox News. Nous y suivons trois femmes : Megyn Kelly (Charlize Theron), Gretchen Carlson (Nicole Kidman) deux stars de la chaîne et la jeune Kayla (Margot Robbie). Gretechen Carlson sait qu’elle va être virée mais contacte un cabinet d’avocat pour monter un procès contre le directeur et fondateur de la chaîne, Roger Ailes (John Lithgow) pour harcèlement sexuel. Quelques temps avant, une autre présentatrice qui s’est plainte d’un harcèlement d’un autre présentateur, a été virée. Pour Megyn Kelly, ancienne avocate, c’est la relation du candidat Trump avec les femmes qui compte. En retour, elle sera harcelée par le futur président sur Twitter, puis par ses fans qui la menacent de mort. Pour Kayla, son ambition va vite être douchée par le harcèlement de Ailes…

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Le film décrit donc différentes formes de harcèlement sexuel, de pressions mais aussi ce que renvoie la société comme message aux femmes. C’est la femme objet, potiche que l’on veut à la télévision, qui montre ses jambes, sa poitrine pendant qu’on ne demandera qu’un sourire ultrablancheur à un mâle. C’est la femme que l’on croit incapable de penser si elle est jolie, ou que l’on accuse d’avoir couché si elle a réussi. Etc…Et cette pression, c’est celle de tout perdre lorsque l’on est supposée avoir du pouvoir, si on refuse des avances. D’autant qu’ici il est difficile de trouver un job après avoir travaillé chez Fox… Le film décrit aussi une histoire vraie, les réactions des autres femmes de la rédaction qui évidemment ne veulent pas se désolidariser de leur directeur. Parmi elles, une ancienne juge devenue présentatrice… Mais le film pourrait faire croire que ce n’est que le milieu de la télévision, que le milieu conservateur, que les USA. C’est évidemment faux.

Le film est efficace grâce à son casting, Charlize Theron en tête. On y retrouve une Nicole Kidman aussi méconnaissable qu’un Nicholas Cage aujourd’hui, métier d’image oblige…Et il faut saluer une fois de plus la performance de John Lithgow. La mise en scène de Jay Roach (Austin Powers, Mon beau père mes parents et moi…) est habile, avec quelques subtilités dans quelques scènes. D’ailleurs le titre original, Bombshell, est bien plus subtil que le banal titre français. Un film qui est le témoignage de notre époque dont nous aimerions qu’elle change mais je parlais au début qu’il arrivait peut-être tard.

Pourtant l’histoire ne date que de 2016. C’est cela qui arrive tard et quand on voit la fin réelle ou filmée de cette histoire, on se dit alors qu’il reste bien du chemin à parcourir. Déjà parce que la justice américaine est très différente de la notre qui continue à mettre des prescriptions sur les affaires sexuelles, se base moins sur l’argent. De chaque côté, le sort des victimes femmes n’est pas enviable , que cela soit pendant l’enquête, pendant le procès et vis à vis de l’entourage. Et parce que l’on parle aujourd’hui des situations mais cela n’aboutit toujours pas à des procès, des procès équitables devrais-je dire. La grivoiserie reste toujours un alibi, comme l’humour reste le refuge de certains racismes bien criminels. Sans tomber dans un monde aseptisé, il y a tout lieu de s’interroger sur ce que l’on voit sans réagir, comme ce que montre ce film. Celui-ci participe à sa manière à la nécessaire évolution de notre société.

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Written on January 30, 2020
Categorie : cinema
Tags : 2020s,Cinéma,drame,féminisme,Film