BD - Quai d'Orsay de Blain et Lanzac (2010)

J’avais vu le film de Tavernier, il me restait à lire la BD qui l’a inspiré. Il faut dire qu’aller dans les coulisses du Quai D’Orsay (Le Ministère des affaires étrangères), c’est un peu un rêve pour quelqu’un de passionné de relations internationales.

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Le scénariste, Lanzac, est un ancien de la maison. Il s’agit en fait d’Antonin Baudry ancien conseiller, diplomate, aujourd’hui réalisateur (Le chant du Loup). Il nous parle de la période 2004-2009 dans une chronique diplomatique sans concession, surtout pour le ministre de l’époque, un certain Dominique De Villepin. Le héros de l’histoire, Arthur, est fasciné d’abord par ce personnage qui le recrute. Mais après s’être demandé ce qu’il pourrait bien faire là, tout frais sorti de prestigieuses écoles, il va comprendre qu’être plume d’un ministre, ce n’est pas de tout repos, surtout au Quay D’Orsay.

Par rapport au film, je trouve que la BD équilibre mieux les choses et essaye d’analyser ce “Alexandre Taillard de Vorms”, comme De Villepin est nommé ici. Il doit y avoir peut-être des éléments d’autres ministres mais ça ressemble vraiment à l’idée que l’on se fait de cet homme grandiloquent, sanguin… Mais il a aussi un côté ridicule, imbus de lui-même, qui donne des scènes tordantes de rire (dans le film aussi), comme avec ses stabilos. Pourtant, derrière la façade d’un ministre qui part dans tous les sens, défile comme un courant d’air dans les couloirs, il y a une vision du monde, des intuitions souvent géniales mais qu’il faut suivre, décoder.

Autour, c’est un cabinet resserré avec au centre le directeur de cabinet qui fait ce qu’il peut pour faire la synthèse, tempérer, diriger, transmettre, capter les informations. On a en fait l’impression que c’est lui le ministre, ce qui est valable dans tous les ministères… Niels Arestrup était parfait dans ce rôle, incarnant à la fois le calme et le cynisme, la nervosité contenue. On se demande si le dessinateur n’avait pas pensé à lui tant il lui ressemble. Dans ce cabinet, il y a donc des courtisans, des gens qui aspiraient à autre chose, qui tentent de jouer leur partition, de composer avec un ministre qui ne fera que passer, alors qu’eux…

Et puis il y a les crises à gérer, avec ici encore de faux noms même si l’on devine de qui il s’agit par rapport aux années. Françafrique, Europe, Moyen-orient, tout y passe et la réalité ne remonte qu’à travers mémos, fiches, filtres, Analystes. Nous en voyons finalement peu mais nous comprenons un peu mieux les rouages complexes de la diplomatie. A cela s’ajoutent les intérêts économiques et quand on voit le ministre refuser d’être “un vendeur d’armes”, cela fait rire jaune quand on pense à ce que fait le ministre actuel.

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Une BD à la fois documentaire et drôle, bien ficelée par sa succession d’anecdotes avec en fil rouge ce que va devenir ce jeune conseiller. Le dessin est vif, parfaitement adapté au ton choisi, jusque dans les couleurs. Le film était plus immédiat mais je conseille le livre pour son équilibre global. Deux tomes pour en lire la complétude et il n’y aura donc pas de suite, puisque le scénariste a préféré faire autre chose.

Written on September 3, 2019
Categorie : bd
Tags : 2010s,bd,documentaire,Geopolitique,humour,politique