Cinéma - Mignonnes de Maïmouna Doucouré (2020)

Ce film vaut-il plus ou moins que le scandale qu’il a suscité chez les puritains hypocrites des USA ? C’est une des questions qui m’a traversée l’esprit pour ce sujet au coeur de l’actualité

Car la réalisatrice française aborde le sujet de la sexualisation du corps chez les adolescentes. Elle situe son récit dans un quartier qu’elle connaît bien, dans le nord de Paris et vers La Villette. On y suit Aminata (Amy) qui vient d’emménager dans un foyer avec sa mère, son petit frère et un autre frère encore bébé. On comprend vite que la tante a permis cela et qu’elle impose sa rigueur religieuse et son mode de vie. Amy fait la connaissance d’Angelica dans son immeuble, dont la passion est à la danse. Au collège, elle est bien seule et essaye de se faire des copines. Elle essaye de se rapprocher d’Angelica et ses 3 copines qui portent des tenues plus que sexy pour leur age. Leur objectif : gagner un concours de danse. Mais Amy apprend que son père s’est marié une seconde fois et qu’il va revenir du Sénégal avec cette épouse. La mère d’Amy est à bout entre ses boulots, les prépératifs et le chagrin.

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Pour moi, le film est une franche réussite dans le sens où il parvient à donner la nausée devant l’hypersexualisation chez ces adolescentes. La réalisatrice a l’intelligence de montrer d’un côté leur innocence face aux choses du sexe qu’elles ne connaissent pas, sinon par des vidéos sur internet. Elles subissent aussi la transformation de leur corps mais sont harcelées par des images de femmes hypersexualisées dans les clips ou les publicités. Amy dérive lentement, veut en faire plus que ses copines pour se faire accepter. Elle finit par dépasser largement les bornes jusqu’à presque franchir la ligne rouge. On la sent perdue avec l’absence de repères et tiraillées entre deux extrèmes : La rigueur religieuse ou le laisser aller sans limite.

La nausée c’est surtout par les chorégraphies suggestives et les tenues moulantes et minimalistes des jeunes filles. Même sans être trop rigoureux sur le sujet, on comprend vite qu’il faut fixer des limites mais que cela ne se fait pas sans explications. Car ces jeunes filles jouent aussi de ce besoin de liberté, des codes qu’elles entendent sur la sexualité. Aminata n’arrive pas à être la petite fille « normale » car la normalité n’existe plus. Il y a une véritable pression sociale qui s’exerce et notamment à travers l’image renvoyée maintenant sur les réseaux sociaux. On ne peut en vouloir non plus à cette mère seule et trop occupée à survivre, quand sa fille cache habilement son comportement extérieur.

Le film est fort, sur le fil souvent et pour qui regarde trop distraitement (la VOD n’aident pas…Netflix étant productrice) pourrait paraître faire l’apologie de ce qu’il dénonce. Fallait-il qu’il ne soit pas filmé par une française au nom sénégalais pour être mieux accepté par les conservateurs bigots qu’on entend bien peu sur d’autres dérives de leur société (minimiss, par exemple). J’ai été scandalisé de voir des commentaires aussi malsains sur imdb pour un film d’une telle qualité. Car la mise en scène est de qualité avec des actrices qui jouent vrai. Il y a du réalisme, sans doute trop pour certains. Le seul regret est de ne pas montrer assez le regard des hommes sur ces corps adolescents, sinon dans la scène de la classe. En effet, une grande part du problème se trouve bien dans l’éducation des hommes et il est terrible d’avoir vu ce sujet apparaître comme une priorité. Comme si l’on voulait toujours imposer aux femmes la manière de s’habiller. L’erreur est de croire que le sujet est la taille de vêtements qui étaient déjà courts il y a quelques décénies avec la mode qui change.

A voir, d’urgence.

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Written on October 5, 2020
Categorie : cinema
Tags : 2020s,Cinéma,Film,hypersexualisation