Blog - Vers la maturité sociale numérique

Voilà donc bientôt un an que ce blog est totalement déconnecté de tout réseau social. Et pourtant, l’audience progresse mais cela ne m’a pas empêché d’avoir une réflexion autour de ce sujet à nouveau. Il faut dire qu’il y a eu le buzz (que je savais éphémère) Mastodon, tout autant que des tweetclashs, des posts facebook à scandale, etc.

Je ne vais pas encore faire un billet rappelant mon passé d’utilisateur “early adopter”, l’évolution etc…que ce soient les grands réseaux bien connus ou les décentralisés confidentiels (pléonasme…). Par ailleurs, Cyrille en a aussi parlé dans un billet de la semaine dernière. Nous sommes juste passé du partage de connaissance à un marketing de l’ego puis maintenant à un éveil à la nouvelle réalité qu’est devenu le web : Un partage entre 3 grands (Google Alphabet pour recheche et vidéo, Amazon pour le commerce (et Alibaba sinon) et Facebook Instagram Whatsapp pour “l’information” et la communication)

Cyrille cite une étude disant que les utilisateurs de Facebook passent 40% de temps en moins aujourd’hui sur le réseau mais y conservent un compte comme “carnet d’adresse”. On revient, quelque part, aux sources de l’outil, c’est à dire à une sorte de “copain d’avant”, jouant sur la nostalgie de nos relations passées en plus de lien avec les relations actuelles. Mais le fil d’informations (le fameux mur) est tellement pollué par du n’importe quoi que l’on finir par s’en éloigner, enfin ceux qui ont un peu de recul. C’est un peu moins vrai pour Twitter qui est plus vu comme flux RSS interactif, mais une interactivité immédiate façon messagerie instantanée et forcément l’instantané oublie la pensée. La violence des échanges a laissé quand même des traces. Parallèlement à ça, on a des sortes de superforums comme Reddit, autre succès pas si médiatisé que cela en France. On morcèle bien plus aujourd’hui qu’avant et les utilisateurs sautent de mode en mode, tout en conservant une base très installée pour les “premiers” des réseaux. Je me posais justement la question du manque de lien entre ce que je pouvais dire sur ce blog et de mes relations “sociales” plus ou moins lointaines. Je connais, en effet, peu de mon lectorat (oui toi derrière ton PC) même si je peux communiquer à travers commentaires et mails. Et mes “vrais amis” ne lisent pas forcément mes conneries ici. Le mélange des genres est d’ailleurs peu recommandé. J’avais aussi une impression de stagnation, d’être parfois isolé du reste du monde qui s’exprime dans ces outils, un peu comme celui qui n’a pas la télévision (il y a des fois, je m’interroge aussi sur le peu que j’en vois)

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Mais j’ai voulu cet isolement. Je ne sais pas si c’est l’âge mais je me protège des conflits, aujourd’hui. Les rares fois où j’ai regardé ce qui se disait sur Twitter (par twitter search), j’ai été choqué par la violence, me confortant dans l’idée que c’est toujours l’extrême qui l’emporte. Les rares fois où j’ai revu des conversations sur facebook ou des contenus de profils, j’ai aussi été choqué par la vacuité de cela. Ces outils sont chronophages et Agnès de DestinationPassion s’étonnait il y a encore peu, de me voir nul part. Je suis pourtant encore bien trop présent à mon goût ici, … Comme quoi, une part du problème vient aussi de moi. J’ai refait un tour sur le seul compte qui me reste en sommeil (du décentralisé) juste pour voir, ai regardé les fils de différentes instances Mastodon et anciens contacts migrés là bas. Hum, désolé mais je n’y vois toujours pas d’intérêt dans le sens où je ne vois aucun retour sur investissement temporel, ni aucune information indispensable que je n’aurais par flux RSS ou sites/blogs. Le seul truc serait effectivement d’avoir un “carnet d’adresse” bis, ce qui revient à donner une victoire à Facebook, mais je crois qu’il l’a déjà. Mes mails et le truc qu’on utilise peu sur le smartphone, … ah oui, le téléphone, me suffisent.

Alors on peut se dire qu’on reste dans son petit coin, dans** l’entre soi** en ne participant à rien. Je l’ai longtemps cru et mon but en diversifiant les sujets et en étant dans un webmagazine, c’était aussi d’amener les informations à des gens qui ne les chercheraient pas autrement. Précher pour le libre, parler géopolitique, etc… ça n’intéresse pas le grand public dans le sens où il ne cherche pas par lui même ces informations. Et puis à force on s’aperçoit que ça marche déjà pas si mal avec les recherches google (mais aussi Qwant) et les accès directs. J’ai peut-être moins de recherches aujourd’hui mais j’ai l’impression que le gens lisent un peu plus les articles, sans pour autant les partager ou commenter. Ca, ça s’est perdu. L’entre soi disparaît peu à peu … Et pourtant, on voit que Diaspora s’éteint mollement, Mastodon plafonne pendant que Facebook continue de réunir des inscrits, même zombies ou bots. Nous entrons dans une autre phase du réseau, celle de la maturité de ses utilisateurs, qui morcèlent encore plus leurs utilisations.

Comme dit Cyrille, le décentralisé est condamné à vivoter comme d’autres outils libres, ou à ne pas être réellement décentralisé du fait de la complexité de la mise en place. Nous entrons dans une phase qu’on pourrait appeler “résistance passive” où les outils qui tuent l’internet sont détournés peu à peu, utilisés autrement. Oui, les GAFAM continuent à se faire du fric sur le dos de leurs utilisateurs mais cette information continue de murir dans la tête des gens. Je vois le spot Qwant au cinéma, par exemple.

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Le paradoxe est justement de la voir sur youtube qui se fait du fric avec tout en étant dénoncé dedans. Il reste du chemin (notamment sur les smartphones) mais petit à petit, le grand public murit dans son utilisation des outils. Oui, comme dit Fréderic à sa manière, le grand public reste technophobe. Les tutoriels, les articles portent leur fruit, tout comme les discussions sur le terrain, au travail autour d’un café, pendant un repas. Investir les réseaux sociaux comme on le faisait il y a 5 ans n’est plus intéressant car les utilisateurs ont appris à se méfier, voir s’en méfient trop. Le scandale Trump a presque aidé à ne plus être aussi naïf. Reste quand même d’autres sources d’informations aussi manipulées et ces dernières semaines, je m’étonne de certaines “campagnes médiatiques” et matraquages. La part de marché de Google en moteur de recherche reste toujours gargantuesque (plus de 90% en France!, 87% aux USA, 92% dans le monde même avec Baidu en Chine), et l’utilisation de Chrome hégémonique (64% selon Statcounter). Là arrive un autre problème que la prise de conscience, c’est la prise en main des outils. On utilise ce qui est installé ou s’installe facilement. On fait aussi par mimétisme. Google reste toujours le moteur par défaut des navigateurs et plus performant, en apparence, dans les résultats. On trouve toujours des gens qui préfèrent taper “facebook” dans la barre de recherche plutôt que l’adresse complète, même avec l’aide au remplissage. Sautant parfois sur un pc qui n’est pas le mien à mon travail, je tape parfois machinalement dans la barre de recherche de l’InternetExplorer qui est dessus et me retrouve sur un résultat google.

Cette maturité numérique nécessaire, je reste persuadé que c’est un travail de terrain, de proximité. Attention, ce n’est pas rendre les gens technophiles (ni les concepteurs, comme le rappelle cet article), mais juste leur donner les bases pour survivre. Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai réalisé que beaucoup d’utilisateurs laissent une option Wifi d’Android active sans le savoir et qui permet d’envoyer des données à l’insu de l’utilisateur. Parfois décocher le paramètre peut fonctionner mais pour l’expliquer, c’est plus long que le montrer directement. Mais de toute façon, le plus simple, c’est de couper les données quand elles sont inutiles, sachant ce que Google fait. Je suis étonné de voir le nombre d’utilisateurs qui laissent le bluetooth actif aussi. Mes raccourcis de smartphone sont organisés de manière à agir rapidement sur ces connectivités. Pour motiver l’utilisateur, on peut lui parler d’ondes nocives ou d’espionnage, ça dépendra mais rares sont ceux qui vont répondre qu’ils ont BESOIN absolument d’être connectés 24/24. A travers cet exemple, je montre un peu le relais de ce que font d’autres dans des conférences (hein Genma…), sur des stands, via des associations. Il y a des “sachants” (plus ou moins pointus…) qui peuvent transmettre toutes ces bonnes pratiques. On a tous des domaines où on est “sachant”, même à un niveau modeste.

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l’enseignement par le smartphone

Reste alors à trouver le moyen de transmission. Je ferai bien le parallèle avec l’enseignement, c’est à dire qu’une majorité de personnes vont être réceptives à un cours fait d’une certaine manière mais qu’il en reste qui seront réfractaires. Les messages à la télévision, dans la presse, les pubs font le boulot pour parler des dangers du net mais pour la mise en place, il faut plus, montrer en même temps que l’utilisateur fait, lui faire faire. Ces “ateliers”, ces groupes, ces actions de terrain, c’est plus de l’entraide au jour le jour pour faire sortir les trucs de technophiles de leur petit monde. Je le répète mais on rate souvent des occasions toutes bêtes de transmettre notre petit savoir. Il y a tellement de moment où un ami/collègue utilise un produit technologique à coté de soi. “Ah tiens, tu utilises encore Chrome, malgré l’espionnage et la pub? Tu veux que je te montre mieux….”

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ps : l’article a été écrit avant qu’un méchant prof de math sanguinaire ne revienne sur twitter. Je lance les paris pour son abandon de réseau… 2 semaines ?

Written on December 2, 2017
Categorie : reflexion, geek
Tags : Geekeries,Réflexion,réseauxsociaux