Reflexion - Liberté et entraves

Ce billet de blog a été motivé par quelque chose que je ne croyais plus possible, il y a quelques mois : L’interdiction, par certaines mairies, d’affiches d’une campagne contre le Sida. Cela s’ajoute à une montée du puritanisme, globalement, dans la vie réelle comme sur Internet.

Une montée bien sélective et hypocrite, d’ailleurs…. puisqu’on voit fleurir sur nos écrans des campagnes de publicité pour des sites de rencontre pronant presque ouvertement l’adultère. Mais revenons à ces affiches bien prudes qui ont fait monter au créneau la ministre de la santé sur twitter et devant les tribunaux :

Nous sommes très loin du scandale de l‘origine du monde de Courbet avec des images très chastes. Mais apparemment cela choque. En voyageant dans différents pays du monde, et notamment en Europe, j’ai pu remarquer qu’il était rare de voir des couples homosexuels s’embrasser dans la rue en France, contrairement à pas mal de nos voisins anglo-saxons. Avec cette réaction, cela confirme mon sentiment d’une société qui continue à nier la réalité. 

Car cette interdiction de quelques mairies (et je ne vais pas dire de quel bord elles sont pour ne pas politiser le débat), est en effet une manière de nier la réalité de l’homosexualité, encore vue comme une maladie mentale dans de nombreux pays…. Et cerveaux. Mais je me souviens  aussi, il y a quelques années, d’une campagne contre la corrida faite avec le concours du chanteur Renaud et qui avait été interdite d’antenne ou d’affichage. Là encore, il ne s’agissait que de montrer la réalité de la corrida, dans toute sa cruauté, sachant justement que ce “spectacle” n’est pas interdit aux enfants en France. Aujourd’hui nous sommes dans une situation ubuesque où il est permis de faire des campagnes d’affichage publicitaire montrant des femmes nues pour vendre des produits (mais peu ou pas d’hommes nus), et où le moindre bout de sein est censuré sur Facebook, Instagram ou Twitter (souvenons nous par exemple de Tweets de Frédérique Bel en 2012). Il y a encore peu, il était difficile pour L214 de diffuser les images de la réalité des abattoirs, mais autorisé de mentir sur la réalité des élevages en diffusant des images d’Epinal dans des publicités. A croire que l’on privilégie le mensonge à la réalité. Et je vous passe les récentes polémiques vestimentaires.

Pire encore, par le prisme de moteurs de recherche comme Google, dont le principe est de privilégier ce qui est le plus cité, on trouvait il y a peu, des sites anti IVG lorsque l’on faisait une recherche sur l’avortement, plutôt que des sites d’informations pour aider les femmes en détresse, à faire un choix. Aujourd’hui, lors de la campagne présidentielle américaine, on a vu circuler des information satyriques comme de vraies informations sur les réseaux sociaux. Des galaxies de sites conspirationnistes et/ou mensongers se montent pour que leurs informations passent devant celles des médias traditionnels dans les recherches, aux Etats-unis comme en France. On parle évidemment de la liberté d’expression mais aujourd’hui, elle est contournée, tordue, piétinée. Mark Zuckerberg promet, sans y croire,  des mesures pour contourner cela, mais c’est tout un système qu’il faut revoir. Je me souviens qu’au début de Google, quand le concept avait été présenté, j’en voyais déjà l’écueil de ne présenter qu’une réalité, et de ne pas permettre un oeil critique sur la recherche. Altavista avait le défaut de nécessiter trop de ressource et de comparaison pour un résultat pertinent. Aujourd’hui, on ne voit internet qu’à travers deux prismes déformants : Google et Facebook.

Que cela soit dans la vie réelle et sur les réseaux, on se retrouve (mais ce n’est pas nouveau) avec une liberté entravée, mais une liberté orientée. On a même la liberté de raconter n’importe quoi dans des wiki singeant wikipedia, comme le souligne frédéric, sous prétexte d’une théorie libertarienne dont les contours sont aussi flous qu’absurdes. Il s’agit d’une drôle de conception de la liberté, celle de transformer la réalité, de nier les évidences. Avec la montée des extrèmes et des fondamentalismes, je crains que les bastions de la liberté d’informer, soient attaqués. Moi qui fut dans les débuts d’Agoravox, un site d’information citoyenne, j’ai pu le voir déjà dériver dans les extrêmes pour devenir aujourd’hui du grand n’importe quoi à tendance fasciste. Si dans cette affaire d’affiche, j’espère que la justice française mettra bon ordre, je reste inquiet pour l’avenir. A voir les attaques sur l’IVG dans différents pays d’Europe, sur la liberté de la presse, enfin ce qu’il en reste, j’aimerai que chacun d’entre nous reste vigilant, dans ma vision souvent utopique. Car qui sait, demain, si la possibilité de ne pas utiliser un système d’exploitation espionné, ou de se protéger par chiffrement ne sera pas aussi banie sur ce même autel. Ce sont souvent les mêmes qui confisquent cette liberté pour eux même avant de la bannir pour les autres. La liberté, pour beaucoup trop de gens, c’est aussi celle d’interdire, de tuer et d’asservir.

Terminons pourtant en musique avec cette ancienne campagne contre le sida…. peut-être un jour menaçée.

la video

P.s.: la relecture de 1984 de George Orwell est fortement recommandée…. 

Written on November 23, 2016
Categorie : reflexion
Tags : blog,censure,Culture,Geekeries,internet,liberté,protectionanimale,réseauxsociaux