BD - Blast de Manu Larcenet (2009)

J’aurais pu commencer par le début pour Larcenet, par ses premières oeuvres que j’ai découvert dans Fluide Glacial ou par d’autres séries. Mais voilà, le hasard a voulu que je pense à en parler en lisant sa dernière série en date : Blast.

Larcenet, c’est un gars de ma génération alors forcément ça me cause. Ca me cause dans les thèmes, dans le style, dans les tripes parfois mais ça, c’est forcément personnel. Oui, Larcenet, c’est aussi le gars que je n’ai pas lu depuis quelques années, sans savoir vraiment pourquoi…ou sans me l’avouer. Et là, je tombe sur un article qui parle de Blast, ça m’intrigue, je vais en chercher un premier volume et comme le héros, ça me fait une sorte de Blast, une sensation de retrouver un autre monde, de revoir un peu de mon passé ou un passé. Pour comprendre, il faut que je parle de l’histoire :

“Polza Mancini est un homme obèse de 38 ans, il était écrivain mais lorsqu’il apprend le décès de son père, il décide de tout laisser tomber et part. Mais pour l’instant il est en garde à vue, et deux policiers l’interrogent à propos de ce qu’il a * fait*  à Carole Oudinot. Polza raconte donc son histoire, tranquillement, en commençant par le jour où il a vu son père mourant, c’est ce jour qu’il a eu son premier * blast* . Ce terme, qui fait référence au souffle d’une explosion, s’apparente dans le cas de Polza à une explosion perceptive éphémère au cours de laquelle il ressent pleinement le monde qui l’entoure avec une grande fluidité et où se dévoilent alors avec poésie les ressorts cachés de la réalité. L’histoire mélange donc la garde à vue et les souvenirs racontés par Polza.”

On retrouve le Larcenet torturé, ici, mais dans un style très différent du Combat ordinaire ou d’autres œuvres. Pourtant j’y retrouve des traits caractéristiques de Bill Baroud malgré la technique différente. Il y a toujours des thèmes récurrents chez Larcenet, une poésie et Blast n’y manque pas. Mais je ne le recommanderai pas pour découvrir l’artiste, parce que plus adulte et complexe. J’ai ressenti une incontestable part d’autobiographie dans ces 4 opus mais je ne saurais dire pourquoi ni comment, si ce n’est que Larcenet n’a tué personne. Il y a peu de dialogues, de grandes planches sans un mot, des éléments qui reviennent comme des interludes mais tout est à sa place, sans faute. C’est très cinématographique dans la découpe au point qu’on pourrait presque voir ça comme un dessin animé.

Aujourd’hui on appelle ça “Roman Graphique”, sans doute pour dissocier des séries plus “grand public”, ou simplement parce qu’un type a voulu se la péter en créant un genre. On connaît ça en musique…Mais ce Blast, c’est de la BD, de la bonne qui raconte une histoire, qui nous ouvre à un monde, ici difficile car flirtant avec folie, schizophrénie. La BD est un art qui se rapproche parfois du cinéma, parfois du roman mais a toujours sa particularité, ce qui la rend difficilement adaptable sans perte. La mode aujourd’hui est de s’en servir pour adapter des classiques de la littérature. Mouais….bon, tout ça pour dire que Larcenet se réinvente encore et reste pour moi, un des tous meilleurs auteurs de ces 20…merde 30 dernières années.

Dans ces 800 pages, au total des volumes (Il paraît qu’il devait y en avoir 5 et ça se limite à 4), on ne s’ennuie pas avec ce sens du découpage, du rebondissement qui n’oublie pas de garder l’intensité d’un récit tout de même pesant. Mais notre auteur a du vraisemblablement y laisser une part de lui, en tout cas suffisamment pour se dire, comme lecteur, qu’il n’y a rien à rajouter.

Written on May 1, 2018
Categorie : bd
Tags : 2000s,ésotérisme,bd,folie,thriller