Blog - Fainéantise et déni de réalité

Ah, il est dur ce début d’année, non ? Le temps pousse à rester au chaud et on ne sent pas beaucoup d’énergie. Mais plus que cela, j’ai l’impression que tout est fait pour nous endormir…

Et je ne parle pas des films qui commencent de plus en plus tard, à coup de fausses publicités déguisées en programmes courts, de tunnels de vraies publicités, de trailer, bandes-annonces… Et puis maintenant on rallonge les JT par des “magazines”, souvent du futile, du people pour éviter de creuser ce qui mériterait de l’être, comme par exemple les récentes élections en République Démocratique du Congo et l’héritage des Kabila, du colonialisme et l’implication des puissances économiques et politiques occidentales. Non, ça risquerait de fâcher des annonceurs et propriétaires de chaines. Pour comprendre tout cela, il faut bien plus qu’un ou deux articles dans les quotidiens et leurs sites, mais un dossier dans un site spécialisé dans la diplomatie…

<figcaption>Garantie Vegan….et sans gluten</figcaption>

Au fond, on ne réfléchit plus beaucoup au fond des choses et je dirai même que l’on ne sait plus comment sont faites les choses, d’où viennent les objets et aliments. Avec un régime alimentaire plus drastique pour madame du fait de ses symptômes, je suis obligé de creuser beaucoup plus la liste des ingrédients de tous les aliments, de revenir à des basiques, de ne plus être fainéant en prenant des produits transformés, cuisinés. Car derrière ce confort moderne d’avoir à tout moment un plat à préparer en moins d’un quart d’heure, nous avons des anomalies, des horreurs même. Nous sommes arrivés à avoir du porc dans la mousse au chocolat, par exemple et ce n’est pas par fainéantise que les fabricants indiquent “Gélatine” au lieu de “Gélatine de …..”. C’est uniquement parce qu’on veut faire des économies, gagner plus en récupérant des sous-produits de la production de viande, déjà si coûteuse en eau et céréales, donc en terres agricoles. Nous faisons du vegan tout fait qui n’est pas bon pour la santé, aussi, dans cette même logique de rentabilité. Mais la fainéantise, c’est aussi prendre un pain de mie sans croute, une aberration car qui fait cuire du pain se dira que la croûte est parfaitement normale. C’était même mon bonheur de petit garçon de commencer par grignoter la croûte. Mais personne ne se demande où est partie cette croûte, ce que ça a couté de l’enlever, pourquoi la mie est si blanche et même ce qu’il y a dans ce pain…. Idem avec des yaourts aux fruits sans … fruits apparents. Plus de morceaux, des arômes “naturels” au mieux, de belles photos sur l’emballage. Mon plaisir était de rajouter moi même des fruits frais dans un yaourt sans sucre mais maintenant j’ai la faiblesse de prendre des préparations de soja souvent très sucrées.

<figcaption>La fileuse endormie de Gustave Courbet (1853)</figcaption>

Et puis en dehors de la bouffe, il y a tellement de choses sur lesquelles nous fermons les yeux. J’ai cessé de regarder beaucoup de lieux de fabrication de vêtements, sachant qu’il n’y a quasiment rien en Europe. J’évite juste certains pays, parfois et surtout certaines matières. Et puis en électro-ménager, j’ai déjà parlé des problèmes de surconsommation. Il y a tout intérêt à soulever le capot, regarder derrière, se renseigner sur les choix technologiques, le retour d’expérience, ce qui n’est évidemment pas accessible simplement. Les étiquettes des magasins vendent plus qu’elles ne renseignent le consommateur. Mais ce qui m’énerve, c’est le vendeur qui est lui même fainéant à ne pas connaître ce qu’il vend, à ne pas connaître ce que fait la concurrence, à ne pas vouloir comprendre ce dont son client a besoin. Fnac, Darty, etc… beaucoup de mauvais commerciaux de nos jours, mais j’en rencontre aussi dans des garages d’une marque américaine high-tech…Heureusement pour leurs concurrents.

C’est peut-être la période des bonnes résolutions qui me fait dire ça, aussi. Mais la fainéantise se niche parfois jusque dans nos clics. Au delà de s’informer à travers les réseaux sociaux par la lecture de simples titres sans regarder les sources, à travers les google news, yahoo news, etc…. Il y a aussi les achats que nous faisons. Récemment je cherchais un produit particulièrement rare et le confort (et les moteurs de recherche) me fait aller vers les gros sites d’achat comme Amazon, Aliexpress, CDiscount etc… On y trouve tout, c’est facile à utiliser et on ne fait plus attention à la provenance, au coût du transport (dont le coût “carbone” ) . Le bon réflexe est aussi de passer un peu plus de temps, d’aller voir directement si des fabricants ont des sites de vente directe et là finalement j’ai été livré par un fabricant français car malheureusement aucun magasin dans mon environnement proche ne disposait de cela. La fainéantise, cela aurait été de jeter un arbre à chat plutôt que de réparer les “piliers” et “hamacs” détériorés. Je ne suis pas certain de m’y retrouver totalement en prix mais comme les modèles disponibles ne sont plus aussi intéressants, je préfère avoir un peu de démontage remontage et ne pas perturber ainsi ma “petite aveugle”. Maintenant je vais aussi me renseigner sur des produits “diététiques” et faire un tri parmi ceux que je trouve autour de chez moi, et ceux qui devront être commandés, le moins loin possible.

Je m’intéresse un peu plus aux automatismes, à la robotisation, notamment avec la plateforme Arduino car je pourrais automatiser certains essais à prix coûtant. Mais le risque c’est aussi d’avoir un utilisateur qui ne comprend plus ce qu’il fait, car à terme, je ne suis plus l’utilisateur final. Déjà que l”interprétation de certains résultats fait débat chez des gens qui devraient être plus “spécialistes” que moi, ce n’est pas toujours une bonne chose d’automatiser sans expliquer ce qu’il y a derrière. J’étais tout de même agréablement surpris que le jeune ingénieur débutant qui se charge de créer un matériel sur base arduino, par ailleurs, ait pensé à l’interface utilisateur pour aller vers la simplicité. Car il n’est pas facile de “vendre” l’utilisation de ces automatismes à des gens qui ne feront, eux, aucun effort pour se les approprier. L’explication technique sera vite oubliée. Ils veulent quelques boutons, le moins de temps possible pour faire ce que leur chef leur a demandé. Je suis justement confronté couramment à ce problème pour faire des systèmes de dépouillement d’essais les plus simples possibles (Ctrl + C, Ctrl + V dans une case… c’est beaucoup). Pas plus tard qu’il y a deux semaines, on m’a encore appelé au secours parce qu’on ne comprenait pas pourquoi une de mes formules ne fonctionnait plus. Une simple colonne à remettre, un copier-coller de la formule sur un autre fichier identique où ça marchait et c’était reparti. J’aurais passé plus de temps à expliquer le sens de ces formules imbriquées qui détectent des chaines de caractères et mettent des indicateurs en forme. Même avec toutes les protections, il y en a toujours qui font tout sauter alors je garde des versions vierges bien à l’abri. Documenter tout le principe serait assez monstrueux et sans efficacité dans ces cas. Et puis on veut que je donne tous les résultats dans tous les formats “prêt à macher” pour tous les systèmes de post-traitement, parce que faire une règle de trois ou poser une équation du premier degré ne semble pas à la portée de tout le monde… chez des techniciens et ingénieurs : Fainéantise qui se transforme derrière en résultats d’essais incohérents sans faire lever un sourcil !

Mais si l’automatisme et la robotisation représentent des progrès avec leurs revers, il y en a d’inattendus. Deux de mes voisins ont installés des portails automatiques. L’un juste avant de … déménager, et l’autre c’est celui qui laissait sa voiture en travers dans la rue en bloquant tout le monde, le temps d’ouvrir son portail…. vous situez déjà le niveau. Fragile, inutile, énergivore ? Et puis cela permettait un lien social avec ses voisins. Combien de fois profite-t-on du retour d’un voisin pour lui parler , surtout en hiver où l’on reste cloitré. Aujourd’hui, on ne se croise que de loin, par un signe, eux restant dans leur voiture en attendant l’ouverture du portail, puis du garage avant de s’engouffrer dans la bouche béante du garage et d’être avalé par leur vie personnelle pour oublier la vie professionnelle. Entre ça et la mode des portes et clôtures sans aucune ouverture, de couleur gris foncés, il n’y a pas beaucoup de gaîté dans nos quartiers. Quand j’ai remis du Rouge basque sur la clôture, ça a du faire un choc….quoiqu’un autre voisin a tenté une variante plus orangée. On se sent moins seul et lui au moins prend le temps de sortir son mythique carrosse suédois pour affronter le brouillard givrant pour aller à la salle de sport, 1 km plus loin, hum. Quand je pense que j’insiste auprès de madame pour aller à pied chercher des médicaments à 1,5km de chez moi. On ne réalise pas vers quoi cela nous entraîne.

Et puis, il y a l’informatique et cette fainéantise de mettre “les mains dans le cambouis”, d’essayer autre chose que le leader non libre…et pourtant j’abandonne Firefox de plus en plus. Trop de suivisme dans leur politique, de bugs, de ralentissements. Je suis usé, fatigué de subir ça alors je jongle entre un opera et un firefox, voir un vivaldi. Mais pourtant je n’ignore pas la réalité d’une domination de Chrome et du règne de Google, de tous les risques. Apparemment mon employeur a succombé aux sirènes de Google après celles de Microsoft en abandonnant Edge pour Chrome, puisque Edge aussi est mort. Je garde toujours au moins une machine en Firefox, espérant un vrai sursaut après l’espoir déçu du dernier moteur révolutionnaire. Pour moi l’alternative viendra d’ailleurs, de ces nouveaux navigateurs chinois peut-être mais qui sont entachés par l’image et les habitudes du pays où le citoyen est ou sera espionné et fiché…pas si loin de ce que nous sommes déjà sauf que le gouvernement ne nous met pas de notes (Mais quand j’entends les délires du gouvernement sur le suivi des manifestants, …). Ou bien peut-être de l’Inde, ce paradis de la sous-traitance et du développement, ce pays qui va commencer à influencer aussi les tendances du mobile avec des marques qui s’y imposent avant de conquérir le monde. Ces réflexions, seul quelqu’un d’un peu technique sur le sujet les aura, tout comme penser à l’utilisation d’internet, des réseaux sociaux dont nous finissons par être dépendants.

J’ai fait plus que ploum qui découvre son ego et son comportement avec les réseaux sociaux. Je me suis vraiment déconnecté en écriture, et en mise en avant de soi, sur ces réseaux. Plus de post en automatique, des fils vides et même pas un coeur, un like ou une étoile. Je continue à regarder parfois les réactions à des affaires, des faits divers et j’en reviens exaspéré de ce brouhaha, de la prime au clash et au scandale, du manque de réflexion des gens même à haut niveau sur les problématiques et polémiques. J’ai même lu, chez une de mes contacts, un article d’un prof de science-po qui veut résumer la problématique des gilets jaunes en moins de 1000 mots… Illusionnisme. Je fais aussi cette expérience de “tweets au frigo”, comme dit Romain, ce qui participe d’un double exercice, dont celui de démontrer la vanité de notre présence dans ces réseaux. Mais aller débaucher les amis de là-bas est trop complexe. Il y a des habitudes prises et c’est aussi dur que de vouloir réveiller un mort. Il faudrait harceler, prendre par la main pour sortir quelqu’un drogué à la dopamine des réseaux. Et puis un jour, il y a ce choc psychologique, comme celui qui a fait devenir végétarien le beau-frère, malgré tout notre prosélytisme sans succès depuis des années. Il a enfin voulu regarder la réalité de ses actes, en comprendre les conséquences.

Il y a bien des choses que je dois changer dans mes habitudes et notamment pour un problème de santé de madame, justement. Le chemin promet d’être très long, douloureux, tortueux mais au moins a-t-on un mot à mettre en face de symptômes, un mot qui était écrit dans la masse des analyses et compte-rendus médicaux sans que personne n’en comprenne vraiment les conséquences, sans que je réagisse à sa lecture, faisant trop confiance à des professionnels dépassés ou dépités. J’ai déjà tant parlé des médecins et de leur supériorité parfois affichée. On pourrait parler tout simplement de l’arrogance de l’humain par rapport à sa santé, cette impression d’être indestructible, meilleur que les autres espèces. Et puis un jour, nous sommes ramenés à notre petite condition fragile de mortels. La volonté nous fuit parfois pour laisser la place à la fatalité, à cette impression d’avoir fait son temps. Il faut quelque chose (ou quelqu’un) à qui se raccrocher, donner l’impulsion au fond de la piscine pour remonter, surnager à nouveau, revoir un peu de soi dans le miroir et non une image qui n’a plus de sens. “La Vie est belle” décrit si bien cela, aussi, sauf que tout le monde n’a pas un ange gardien près de soi.

<figcaption>Iceman, l’hiver ? </figcaption>

Je mesure encore la chance que j’ai de vivre où je vis, dans l’époque qui est la mienne, que cela soit par rapport au reste du monde actuel ou par rapport à mes ancêtres. C’est une chance mais cela ne doit pas faire tout accepter comme justement une fatalité. J’entends parfois le discours sur le réchauffement climatique qui fait dire “c’est déjà foutu alors pourquoi changer ?” D’autres refusent la réalité pour ne pas changer et puis c’est simplement humain de s’habituer, surtout lorsque l’on vieillit. Pour mes parents qui sont très âgés, ça sera ne plus avoir de jardin ou une grande maison devenue inutile, ne plus avoir à conduire car ils n’en ont plus la capacité. Je me souviens du grand-père qui voulaient continuer à rouler à vélo jusqu’à ce qu’un accident lui fasse réaliser que ce n’était plus raisonnable. A force de catastrophes et de phénomènes climatiques, finira-t-on par nous dire que le changement à accepter, ce n’est pas de changer d’énergie comme on essaie de le faire croire, mais surtout de se passer d’énergie ! Je dois me désintoxiquer de cette mobilité automobile, de cette facilité de tout commander partout dans le monde, pour retrouver simplement ce qu’il y a au plus proche, avant simplement que ça disparaisse. Ca veut dire aussi continuer d’apprendre à faire soi-même, ne pas compter sur d’autres tout le temps ou alors regarder, écouter, essayer, tomber, se relever… Et puis cette chanson, tragique et pourtant qui fait repartir, sans oublier.

la video

Written on January 19, 2019
Categorie : reflexion
Tags : blog,fainéantise,logiciellibre,maladie,mort,Réflexion,robotisation,vieillesse