Musique - David Bowie – The Next Day (2013)

Dix ans que l’on n’attendait le retour du grand David…ou que l’on n’attendait plus rien puisqu’on le croyait rangé de la musique. Et le voilà qui revient avec 14 titres ! L’occasion est trop belle de se pencher sur une carrière en plus de cet album.

Gamin de Londres, le jeune David se dirige très vite vers la musique et le spectacle, élevé au son des hits rock et soul de l’époque. Son demi frère l’initie plus tard au jazz ce qui l’amènera à jouer du saxophone. Intéressé autant par le blues que par la folk, le jeune Bowie vivote de groupes en groupes, cherchant sa voie musicale. Mais Bowie est aussi fasciné par les arts et Londres est riche de bizarreries scéniques en ces années 60. Il étudie le mime, l’art dramatique, et le théatre d’avant-garde. Son album “Space Oddity” sort en 1969 avec un certain succès pour le single du même nom, dans la veine psychédélique du moment tout autant que progressif avec une structure de morceau déjà parsemé de ruptures de rythme tout autant qu’un sens du refrain certain et un sens de la mise en scène à ce moment où l’espace est à la mode. Il se marie avec une certaine Angela Barnett qui ne sera pas sans le stimuler artistiquement, de même que sa rivalité avec un certain Marc Bolan (T Rex). Bowie fait évoluer le son de son troisième album vers un coté plus rock. Le single du même nom, “The Man Who sold the World” en est emblématique et annonce déjà les prémices du glam rock avec les influences hard rock de l’album. Il apparaît avec un look androgyne avant de créer le personnage de Ziggy Stardust, qui apparaîtra d’ailleurs sur une réédition de l’album en 2 ans plus tard en 72. Il fréquente Iggy Pop, Lou Reed **et les influences conjointes du trio, complété de **Mick Ronson, ne sont pas négligeables dans la suite de la carrière de Bowie. Il finit par tuer ce personnage de Ziggy en 73 pour se chercher un second souffle. Il le trouvera finalement aux Etats-Unis où il collabore avec Lennon et s’inspire de la musique noire, d’Elvis, son idole de jeunesse, tout autant que son addiction à la drogue qui l’emmène pourtant sur des voies (voix ??) dangereuses.

Il finit par fuir L.A. et sa drogue pour Berlin, sa froideur et son effervescence artistique. Il y retrouve aussi Brian Eno, parti de ses concurrents glam de Roxy Music, et son Iggy Pop lui aussi en proie aux addictions. S’inspirant des débuts de la musique électronique allemande autant que des expérimentations d’Eno, il y ajoute la guitare de Robert Fripp pour composer ce qui sera sa trilogie berlinoise, à l’origine de bien des vocations New Wave. Il aborde ces années 80 avec un nouveau personnage, sorte de pape d’une new wave classieuse, tout en étant plus présent au cinéma. On le voit avec** Queen, Michael Jackson** et son album Let’s Dance de 1983 est un savant melting pot de ses influences tout en étant un marqueur important dans la musique de l’époque. Sentant le succès décliner, il essaie de retrouver un second souffle avec son Tin Machine avant de surprendre encore par un concept album très électronique avec Brian Eno. Si musicalement, il n’est plus l’artiste au top, il a maintenant acquis une aura qui lui permet de s’inspirer librement des sonorités du moment d’une manière dont il a le secret, le mettant définitivement hors des modes. C’est aussi un visionnaire dans sa manière de voir la musique, participant à des jeux vidéos comme “Nomad Soul” ou investissant dans des plateformes de musique numérique. Après un dernier album, Reality, en 2003, il disait en avoir fini avec la musique.

Ce n’est pas un hasard si la pochette de ce dernier album, The Next Day, utilise le visuel de celle d’Heroes, album de 1977. Il y a en effet des similitudes dans l’atmosphère dégagée par l’ensemble et la patte de Brian Eno. C’est un Bowie moins novateur et plus tourné vers le passé qui nous arrive ici. Est-ce un mal ? Il y a forcément une exigence différente avec un tel artiste, Bowie semble chercher une synthèse de différentes époques. Entre pop et rock avec quelques tonalités hard rock, c’est plus un Bowie antérieur à 1990 qui se donne à écouter. Mais après tout, la musique actuelle n’est elle pas tournée vers le passé ?

Le très groovy « The Next Day » est efficace et rappellera ses hits les plus « dansants » avec ce qu’il faut de funk dans une pop toujours aussi léchée. Au contraire « Dirty Boys » et son intro plus sombre et déstructurée sentent bon les années 70. « The Stars » s’affirme dans la veine de son « Scary Monsters », mais sans son originalité, lissée par le temps. La tonalité de l’album est globalement sombre comme ce « Love is Lost », avec un riff des plus classiques, lequel n’en rappelle pas moins ceux du passé. Que dire du single « Where are we Now » ? Mélancolique et nostalgique, il n’est peut être pas représentatif de l’album musicalement, mais en donne parfaitement le ton. Il n’a rien d’un hit fédérateur (encore que l’air reste en tête après quelques écoutes), mais on comprend le choix de l’artiste de l’offrir comme vitrine. L’émotion est si palpable que l’on se surprend à vouloir savoir ce qu’il y a derrière, autour, autrement dit d’écouter les autres titres. Enchainer sur « Valentine’s Day » et ses accents glams et décadents est particulièrement surprenant. « If you can see me » présente une intro entrecoupée de ruptures rythmiques et d’emprunts à la musique ethnique et électronique. Doit-on y voir un clin d’oeil à sa période « electro » ? Sa voix recouvre curieusement les accents « Ferryesque » de sa période glam de Roxy Music. Le très Pop « Boss of Me » n’aurait pas dépareillé à côté d’un Let’s Dance, son de saxo dans les couplets sur fond de guitare saturée.

Toutefois, cet album n’est pas exempt de remplissage comme le très moyen « Dancing Out In Space ». On retrouve un versant décadent et psychédélique dans « How The Grass Grow » qui laisse définitivement penser que cet album est un testament musical. Bowie surprend pourtant avec « (You will) Set the World on fire » et son mélange de son Hard-Rock 70s et de mélodie Pop, comme Bolan et lui en avaient le secret. Le très expérimental et sombre « Heat » avec un Bowie à la voix très grave presque larmoyante chantant « I Don’t Know Who I Am… » (Je ne sais pas qui je suis…) termine efficacement l’album dans cette tonalité. Qui est David Bowie, finalement ? Le sait-il encore lui même après avoir emprunté autant de chemins musicaux, s’être travesti dans autant de personnages ? Musicien, chanteur, acteur, homme de spectacle, il y a un peu de tout ça dans cet album mélancolique où l’on retrouve un titre aussi évocateur qu’« You feel so lonely you could die » (Tu te sens si seul que tu pourrais mourir), balade très 70s.

Commercialement, cet album est un joli coup de marketing tout en donnant une furieuse envie d’aller explorer à nouveau les anciens albums de l’artiste. Car en évoquant subtilement chaque moment de sa carrière sans fournir de hit imparable, il montre que Bowie a encore tout compris à l’industrie musicale qui se replie sur elle même et ne veut plus fournir que des plaisirs éphémères. Cet album fera plaisir aux fans. Sans doute sans les rassasier. Mais que nous réserve encore Ziggy ?

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Written on March 30, 2013
Categorie : musique
Tags : Musique,Pop,Rock,2010s