Réflexion - Culture pas si générale

Il est si facile de se moquer des erreurs des autres, sur les réseaux sociaux, qu’on en oublie souvent ses propres ignorances. C’est ce que j’ai ressenti cette semaine.

Pourquoi ? Parce qu’un illustre candidat à la présidentielle a cumulé plusieurs erreurs de géographie. Un type qui sort quand même de la cuisse de jupiter, qu’on dit brillant et vif d’esprit, et qui est auréolé de diplomes prestigieux. Donc on se dit que ce type là doit savoir, à minima, tout ce qu’il faut sur la France. Et là, patatra : Il croit que Villeurbanne est dans le nord, que la Guyane est une île, …. Comme je ne le porte pas vraiment dans mon coeur, je suis tenté de me moquer, puisque moi “je sais”. Mais comme ce n’est pas mon genre de propager ce genre de truc, je me suis posé la question autrement :

“mais pourquoi ignorerait-il cela ?”. Ce qui m’a fait me demander à moi même comment je savais où était Villeurbanne et la Guyane. Pour la première, c’est très simple, je ne l’ai pas appris à l’école mais parce qu’à une époque, on parlait de cette ville en … Basket ball. Et puis je me souviens qu’on devait en parler aussi dans “Les Six Compagnons” de Paul Jacques Bonzon (on a le droit de préférer Nietzsche ou Machiavel), une série de romans pour ados. Pour le second aussi, c’est à travers des lectures que je l’ai su, et en m’intéressant à l’espace puisque la Guyanne, c’est Kourou, la fusée arianne… Mais la Guyanne, ce fut le bagne de Cayenne, et donc Jean Valjean dans les Misérables de Victor Hugo. Bon, il faut avoir la curiosité de regarder une carte tout de même mais une chose est sûre : On n’apprend pas ça à l’école, du moins jusqu’au bac. Je m’étonne un peu plus pour quelqu’un qui a fait des études plutôt littéraires et administratives mais bon. Par contre, parler d’expatriation pour quelqu’un qui part travailler en Guadeloupe relève d’une vision très particulière de la France, entre ethnocentrisme et néocolonialisme… Mais revenons au sujet.

Car j’ai aussi interrogé des proches pour savoir s’ils connaissaient Villeurbanne et la Guyanne. J’ai été étonné de retrouver le même genre d’erreurs. Mais en même temps, ils pourraient m’interroger sur leurs sujets de prédilection, que je pourrais répondre aussi des bêtises moi-même. Je n’ai, par exemple, aucune mémoire des noms de personnages dans quelques domaines. Ca ne s’explique pas rationnellement mais je connais des personnes incollables sur tous les membres des groupes de rocks des années 70 à nos jours. C’est aussi de la culture générale, toute aussi recevable que le reste. Je n’ai pas lu un certain nombre de romans devenus des classiques et avec les jours qui passent, ma culture évolue, s’amenuise dans certains domaines, augmente dans d’autres. Cela se fait par affinité et je suis donc plutôt calé en voitures anciennes, ce qui a un intérêt très relatif. On peut me demander le prix du pain au chocolat mais j’aurais du mal avec le prix du ticket de métro à Paris maintenant que je le prends moins. La culture est forcément orientée et on pourra piéger n’importe qui. On aurait pu lui demander la signification de l’acronyme TAAF, ou lui demander de situer les Kerguelen que le résultat aurait été le même.

Un indice : Les Kerguelen sont sur cette carte

La culture devient même générationnelle puisque les plus jeunes seront incollables sur des domaines totalement ignorés des plus agés. Est-ce mieux ou moins bien? Je ne saurais le dire de manière infaillible car cela dépendra du milieu dans lequel on va évoluer. C’est plus par la curiosité que ça va se jouer. Comme je l’ai dit plus haut, j’ai appris certaines choses par moi-même, en regardant beaucoup de films classiques pour le ciné, en lisant, en m’intéressant à l’histoire, à la peinture, à la géopolitique, en dehors de toute demande scolaire. Cela a parfois étonné des profs au lycée, où je n’avais pas forcément les résultats en rapport. Je suis en train de lire une biographie de Winston Churchill. Je vous rassure, je ne me crois pas au niveau de ce grand homme (du point de vue de la place dans l’histoire), mais le jeune Winston était un cancre fini….vis à vis du système scolaire de l’époque, mais avait beaucoup de curiosité dans des sujets très variés, ce qui lui servit plus tard. Je pense même, au vu de son comportement, qu’il était ce qu’on appellerait aujourd’hui un surdoué. Mais il n’a pas trouvé facilement sa voie. Ce n’est pas le cas de l’homme politique que j’ai cité plus haut et qui s’est parfaitement conformé au moule voulu (et continue de le faire).

En parlant de moule, je ne vais pas parler cuisine, mais … informatiquement et librement parlant, nous avons aussi une forme de culture. On considère certaines choses comme acquises, comme par exemple la simple utilisation d’un clavier et d’une souris, alors qu’il y a de multiples manières de le faire (si, si … vous seriez étonnés). Nous considérons l’approche de l’informatique par notre propre lorgnette d’ancien utilisateur. Je me souviens des petits vidéos d’enfants placés devant des ordinosaures et qui ne savent même pas le démarrer, et donc encore moins les utiliser. Pas plus tard que cette semaine, j’ai du réutiliser un matériel de mesure avec… une disquette. Les seules que j’avais conservé pieusement n’étaient pas formatées et le matériel ne proposait pas cette fonction. J’ai ressorti un des vieux optiplex Pentium III que j’avais encore pour y arriver….pour m’apercevoir que ce foutu lecteur du matériel était HS. Mais j’imagine si j’avais filé ça à faire à un jeune né en 1997 et qui bosse aujourd’hui…Ce n’est pourtant  pas de sa faute.

J’ai l’impression qu’on ne cultive pas assez la curiosité mais ça ne vient pas de l’éducation nationale, qui a déjà beaucoup de demandes dans tous les sens. C’est plus sociétal et j’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont poussé à la lecture, à être curieux. Il y a bien-sûr une question de caractère, d’environnement. Parfois, les manques stimulent l’imaginaire et poussent à l’évasion.J’ai eu la chance d’avoir des grands parents avec moi, d’apprendre beaucoup de l’histoire contemporaine grâce à eux et ainsi de ne pas oublier … Mais est-ce que aujourd’hui ils ne m’auraient pas filé simplement une tablette? Je ne pense pas… mais l’outil ne fait pas l’utilisateur, malheureusement. Ce n’est peut-être pas pour rien que les enfants de Steve Jobs n’avaient pas les produits de leur père. Mais ça ne veut pas dire non plus qu’il faut rejeter les progrès techniques possibles, juste mieux les comprendre et donc montrer le coté positif et ouvert à la culture de l’outil. A un collègue dont le fils s’intéresse à l’art, je conseillais quelques applications lui permettant des visites virtuelles, par exemple, sorte d’équivalent de mes visites à la riche bibliothèque municipale de ma municipalité de la banlieue rouge, il y a 30 ans.

Souvent, on se dit, avec Madame, que nous aurions rêvé d’avoir internet dans la poche pour tout l’apport culturel, toute la curiosité que l’on peut assouvir d’un coup sur l’écran. Et paradoxalement, ce n’est plus ce que l’on met en avant, transformant tout cela en une télévision poubelle bis. C’est comme tout, on peut trouver du bon et du mauvais, quelque soit le média. Et si je lasse peut-être en faisant des posts “culturels” plutôt que techniques ou geek, c’est avec un peu d’illusion de procurer un peu de graines de curiosité aux lecteurs. Peut-être pas au point de créer des croisements bizarres comme je viens de le découvrir avec Orgueil-Préjugés-Zombie, mélange improbable entre l’oeuvre de Jane Austen et les zombies. On va certainement me répondre que c’est l’oeuvre d’un scénariste sous crack qui voulait faire découvrir ce chef d’oeuvre…. La diffusion de la culture n’excuse peut-être pas tout. Il fallait bien rattraper le coup avec l’excellent Rob Zombie, dont le clip est bourré de références cinéphiles… ha ha

la video

ps : toi aussi gagne l’estime de tous en mettant des croix sur la carte pour situer les départements et territoires français et en la renvoyant en commentaire :p

 

Written on April 1, 2017
Categorie : reflexion
Tags : éducation,blog,Culture,Geekeries,Réflexion