Blog - Covid-19 et moi, épisode 9/?

Il paraît que “L’après” c’est dans un peu plus d’une semaine. Enfin, plus ça va, moins c’est le cas avec toutes les hypothèses, les alinéas, les dérogations, les couleurs. A ne plus rien comprendre.

Si pour ma part, j’attends les mises à jour des ordres de mes chefs pour savoir si je suis en chomage partiel, si je suis en télétravail ou si je dois revenir sur site (même si on nous impose une formation e-learning obligatoire sur le COVD-19 !), je n’ai pas forcément peur de l’Inconnu. Non, pas le type que je vois tous les matins partir au travail sans savoir d’où il vient, mais l’Inconnu avec un grand I, celui qui a toujours fait peur à l’Humain. Nous sommes face à un ennemi invisible, un virus sournois dont on ne connaît pas bien le fonctionnement. La Grippe, ça tue aussi, mais ça a quelque chose de connu. A un moment, on y a tous eu droit une fois, donc on sait ce que c’est. Il y a des vaccins, des traitements…Même la Malaria, la maladie la plus mortelle du monde, a quelque chose de plus rassurant avec son propagateur N°1, le moustique, de vagues traitement préventifs (et contraignant). Alors que là, il y a cet inconnu sur les traitements efficaces, ce qui rajoute au risque (en plus des études en carton). Le risque fait peur, mais le risque ici, c’est aussi les autres comme aurait presque dit Camus (pas que la Peste…). L’inconnu est dans le comportement du groupe, de nos congénères humains qui vont vouloir retrouver ces habitudes perdues, passées au rayon nostalgie de notre cerveau. On a déjà vu que le respect des consignes est très aléatoire, dépendant parfois du simple taux d’ensoleillement. Donc nous doutons autant de nous même que des autres.

C’est à ce moment que pour rassurer, on nous sort des applications qui permettraient de savoir si éventuellement, on pourrait peut-être avoir la probabilité d’être en contact avec un contaminé potentiellement contaminant. Apple et Google vont intégrer leur propre protocole qui sera à coup sûr le standard mondial dans 2 ans (en dehors de la Chine qui se base sur AliPay, une filiale d’Alibaba) et ensuite à chacun de l’utiliser à bon ou mauvais escient. Anonymisé ou pas ? obligatoire ou pas ? Centralisé ou pas ? liberticide ou pas. Sûr que l’on perdra de la liberté…et qu’on ne la retrouvera pas, c’est historique. Il faudra juste m’expliquer avec toutes les sources disponibles sur différentes applications dans le monde, pourquoi on s’amuse à réinventer autre chose avec pas moins de 6 ou 7 boites sur le coup, dont de beau bras cassés genre Withings et ses failles de sécurité dans les objets connectés! Mais la véritable problématique est que les applications ne servent à rien sans les données initiales : Qui est contaminé et où se trouve-t-il ? Pour moi qui coupe les données mobiles la plupart du temps, ça serait contre-nature, cette application. Mais j’observe aussi que dans les pays utilisant ce type de moyen, il y a évidemment espionnage possible (et avéré pour la Chine), mais en même temps un service qui va avec, c’est à dire de l’information sur les disponibilités de moyens de protection, les lieux où les trouver, le nombre les facilités de paiement et d’accès aux lieux. C’est pensé comme une “offre globale” pour en faciliter l’acceptation. Nous en sommes très loin en France où la communication est plus qu’opaque et inconstante, où on est sur des promesses souvent non tenues à la date butoir. Le beau-frère en Chine (qui n’est pas Expat) me parlait des mesures là bas. Ils étaient confinés dans une résidence avec le droit de sortir dans l’enceinte de cette résidence avec son petit parc. Les relais de l’état organisent les approvisionnements au delà…

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L’après, ce n’est pas uniquement la liberté individuelle, c’est simplement continuer à vivre, à pouvoir** subvenir à des besoins élémentaires**. J’ai lu beaucoup de théories, de concepts qui refleurissent. On a vu réapparaître le revenu universel, dans toutes les versions (de droite ou de gauche). On a vu aussi Naomi Klein et d’autres économistes ou philosophes (!) prophétiser que cela profitera au choc, façon théorie de Friedman. C’est vrai que Macron a l’air friand de ça, comme ses amis du MEDEF. On a déjà perdu socialement sur cette année, même si une limitation dans le temps a été arrachée, imaginez environnementalement (les verrous ont déjà sauté dans les projets de loi!). Finalement j’ai déjà 2 jours de congés perdus et quelque chose me dit que ça ne s’arrêtera pas là…Mais subvenir à ses besoins, c’est manger. La rareté de denrées plus importées ou cueillies fait monter les prix. C’est se loger. Quand on n’a plus de boulot parce qu’on était un vrai-faux auto-entrepreneur virable à loisir, on ne peut plus payer le loyer où les traites de prêts plus ou moins toxiques. Et même le besoin d’être connecté apparaît comme élémentaire aujourd’hui. Un besoin non satisfait dans les zones grises, un besoin qui a du mal à être partagé dans une même famille aussi parce qu’il faut organiser le travail en ligne des enfants, des parents, les loisirs en ligne. L’après, c’est pouvoir encore concilier cela avec les coûts de tous ces abonnements, des moyens techniques à avoir. Je suis allé voir pour les dons d’ordinateurs dans mon coin…Rien de proche, et une certaine opacité sur ce qui est fait avec, le recyclage, la mise à niveau des softs qui pourraient être des distributions genre Emma-buntu, Debian-Facile, etc..Sinon un Windows 10 fera jeter le parc récolté. L’après, c’est aussi l’accompagnement qui va avec qui ne peut se faire facilement que si on standardise un minimum (au hasard, une Debian bien configurée avec de bonnes aides dessus, du libre office, parce que la dernière Ubuntu et les flatpack et snap, c’est une cata…Dois-je prononcer 3 fois le nom d’un spécialiste pour le faire apparaître ? )

Malheureusement, je crois que l’on va détruire mais pas reconstruire car c’est tellement plus simple. Je parlais de la perte d’acquis sociaux qui ne s’arrêtera pas là. C’est parce que toutes les briques sont là avec les lois Macron et El Khomri pour justifier tout. Il suffit qu’une entreprise ne soit plus rentable localement (et on trouve tous les artifices comptables pour ça) pour qu’un accord intervienne avec le couteau sous la gorge. Si on te dit que ta boite va mal, ce qui sera effectivement le cas ici dans certains secteurs, tu fais vite le choix entre perdre ton job et le garder en faisant des concessions, de grosses concessions. Sauf que ces concessions, dans les lois, n’ont aucune limite imposée, comme par exemple un retour aux bénéfices. Déjà que la mode est de nationaliser les pertes et privatiser les profits… Quand un patron donne 30% de son salaire, c’est symbolique pour montrer la participation en haut mais ça veut dire aussi qu’en bas, il va falloir donner et pas que de soi, même si ça peut être moins en pourcentage mais marquer plus la vie courante. Ils n’imaginent malheureusement pas toute la colère rentrée qu’il y a encore, …un peu quand même. Je crains que ce ne soit une catastrophe sur la durée, en ayant vu les précédents dans l’austérité en Europe du sud. Car on sent bien que l’Europe du nord ne veut pas donner son obole, que l’Europe sort plus affaiblie que jamais de cette crise.

L’Europe, surtout au sud, c’est une économie du tourisme qui est meurtrie pour un moment. On peut espérer une fin du tourisme de masse ce qui est positif d’un côté, mais moins de touristes, c’est moins d’argent aussi ce qu’il faudra compenser. Augmenter les prix ? On peut l’imaginer sur les billets d’avion ce qui replacera enfin ce moyen de transport à sa place tarifaire logique et tuera peut-être ce non-sens écologico-social que sont les compagnies low-cost. Mais pour l’hébergement, les restaurants, cela risque d’être un jeu dangereux, un équilibre à trouver avec beaucoup de casse d’emplois. Tous les emplois saisonniers qui maintenaient beaucoup de personne à flot, dont les etudiants, sont menacés, comme tout ce qui est spectacle car psychologiquement, le risque sera dans les têtes pour un moment. Ça ne se verra pas forcément au moment de la réouverture (septembre pour les spectacles ? ) avec un appel d’air mais cela aura favorisé les dématérialisations, le streaming, et toute cette économie peu reluisante sur l’environnement, la fiscalité, la part versée au créateurs. Le billet d’avion plus cher ? Il y aura aussi l’automobile, qui déjà augmentait ses prix avec l’électrique. Ce sera un luxe de plus en plus inaccessible alors que paradoxalement tout le monde va se ruer dans sa voiture plus que dans des transports en commun sources de risques. Toute la mobilité (surtout urbaine) va changer, et pourquoi pas enfin le vélo qui n’est pas un si mauvais compromis, avec les adaptations asiatiques qu’on regardait avec moquerie, ou de petits véhicules électriques légers (finalement l’AMI Citroen, avec quelques modifications, ça peut le faire à 6000€) . Mon patron avait claironné qu’il fallait mettre l’entreprise prête pour une nouvelle crise. On peut lui reconnaître d’avoir été plus prévoyant que d’autres de ses collègues, même des spécialistes du confinement en malle.

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décoration murale d’une poste de Pennsylvanie pendant le New Deal.

On ne peut pas en dire autant de tout le monde et de toutes les industries quand je vois le pétrole vendu à perte parce qu’on produit plus qu’on ne consomme aujourd’hui. En fait on consommerait juste ce que l’on devrait pour respecter les objectifs écologiques. Parce que des pays ne peuvent/veulent pas fermer les vannes, on se retrouve dans cette situation ubuesque, absurde d’une valeur négative, qui ne se retrouvera pas dans nos pompes à essence évidemment (coût de raffinage, de distribution, taxes…). Du gâchis bien à l’image de notre vie humaine sur cette planète. La nature, elle, continue à produire, même si c’est pour nous, comme ces plantes qui produisent des fruits et que l’on ne sais plus récolter. On faisait venir de la main d’oeuvre à bas prix, pour justement rester concurrentiel en France par rapport à des conditions espagnoles parfois proches de l’esclavage pour la Fraise. La Fraise française augmente largement de prix, arrive en ordre dispersé, et se retrouve même à être jetée faute de distribution… pendant qu’une partie de la population fait la queue pour des distributions de paniers repas. Misère de notre société que l’on voit plus crûment mais qui n’empêche pas de dormir. J’ai acheté mes fraises françaises, sans doute moins qu’avant aussi. Il va falloir s’habituer à de nouvelles échelles de valeur, et cherche à faire soi-même. En voyant la ruée sur les McDonalds et leurs drive, je me dis que ce n’est pas gagné, ue la première claque ne suffit pas !

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pas de coffre, mais l’intérieur est facilement nettoyable mais parfois je pense à un sketch de Coluche

Atteindre l’auto-suffisance, ce n’est pas que pour l’économie, c’est pour soi-même. Je ne suis pour l’instant pas très bon sur le jardinage pour le potager. Mais il faudra s’améliorer. La contrainte pousse à cela aussi, à être plus efficace et inventif. J’ai replanté quelques herbes et salades. Il faudra du temps, et la patience n’est pas toujours mon fort (la preuve mon backup blog est quasi terminé ). Pour le reste, il y a des domaines où c’est compliqué. Même si on limite les médicaments, il y a bien quelques impératifs (traitement de fond pour l’asthme, …) qui nécessitent de passer dans une pharmacie qui a du mal à s’approvisionner chez les labos. Le confinement pour Madame ? Il y a eu des mieux, il y a eu des moins bien. On identifie peut-être un peu mieux des aliments problématiques. Mais en ce moment, le manque de sommeil dû aux problèmes des chats ajoute au stress, à l’énervement. Il y a chez chacun de nous aussi cette peur du lendemain, de ne plus avoir ce que l’on aime, ou aimait. Parfois je prévois trop, parfois c’est elle, nous essayons de nous tempérer mutuellement. Mais ce silence, ce ciel bleu, ce calme, cela nous convient si bien qu’on en oublierait le pourquoi de l’avant.

Je me pose la question de savoir si je vais “continuer comme avant”. J’ai prévu d’organiser les provisions différemment avant de refaire cette cuisine aussi. Mais nous avons pris aussi des habitudes différentes, plus locales et pas moins efficaces finalement. J’imagine qu’il y aura une phase de transition mais je ne sais pas dire ce que je ferai réellement, si ça changera durablement quelque chose dans les habitudes. Certainement pas pour le drive en tout cas (je l’ai expliqué il y a quelques billets), pas trop non plus pour le commerce en ligne car je suis effaré par tous les cartons que j’ai pu rejeter ces derniers temps qui doivent pourtant exister dans les poubelles des magasins. Une autre question est de m’aménager autrement un espace de travail car à deux, on est obligé de partager. Au lieu d’un bureau ça fait deux… Je n’ai pas non plus deux grands écrans (enfin si, un 15”) donc il va falloir prévoir des aménagements ergonomiques supplémentaires.

Mon boulot justement ? J’ai un gros objectif en juin. Il ne me manque pas grand chose pour l’atteindre, juste un document à terminer. Et un peu de tolérance d’un auditeur dans ces circonstances. Il va falloir remettre tout ça sur les rails, revoir des collègues aux activités perturbées, contrariés, parfois éprouvés par cette période. Je l’ai senti chez certains dont le confinement est plus difficile à vivre. Le plus dur, ça va être de redonner l’envie ? Ai-je envie moi même de retourner batailler pour tout, de faire avancer les choses qui parfois me paraissent futiles par rapport à la marche du monde. J’étais pour une fermeture plus tôt, ce qui aurait permis de mieux gérer et peut-être même de faire moins durer, mais bon, c’est comme ça, on subit. J’imagine que mon goût du challenge prendra le dessus. J’imagine aussi que des choses auront changé, même vis à vis de nos partenaires et sous-traitants européens. J’avais parlé d’un collègue fortement touché. Il y en a un fortement malade maintenant. Il y en aura d’autres avec des conséquences qu’on ne peut imaginer dans le temps.

Maintenant, il y a l’aspect financier. Qui va payer ? Parce qu’on nous sort des milliards du chapeau mais ils ne viennent pas de nulle-part. La dernière crise, c’est 2008. Deux simples questions…Qui a payé pour la crise de 2008? Nous. Qu’a-t-on changé ? Rien. Oh, à titre individuel, on a peut-être changé notre manière d’épargner, de vivre mais sur le fond, c’est au moins la même chose, sinon pire. Les sub-primes sont remplacées par d’autres choses, comme les prêts automobiles. Je vous laisse imaginer les conséquences à venir sur les banques américaines avec les 25 millions de chômeurs qu’il y a en ce moment. La troisième vague sera financière et il était important de ne pas avoir les œufs dans le même panier…Quand on a des œufs et des paniers. On sera vite fixé quand les créanciers viendront toquer à la porte, déjà défoncée par les huissiers.

Ma peinture de ce monde d’après n’est pas réjouissante, c’est sûr. Je suis d’un naturel pessimiste pour être prévoyant et avoir d’heureuses surprises. Donc ça va logiquement partir dans le n’importe quoi, avec des profiteurs de tous poils, des inconscients, des chocs. Le mien c’est de risquer de perdre des êtres chers encore dans cette année. Je me bats avec mon vieux chat après un AVC consécutif à son asthme de plus en plus prononcé, avec la plus jeune déjà fragilisée par tant de choses et qui a un mal mystérieux pour l’instant. Ce n’était pas le bon moment mais on sait faire, on a les bonnes relations avec les bons vétérinaires, les médicaments en prévision, les nourritures aussi, et une clinique d’urgence 24h/24 pas trop loin. J’en connais qui seront peut-être choqué qu’on en fasse autant pour des animaux. Sûrement parce qu’ils n’ont jamais eu le relationnel qu’on peut avoir avec un autre être vivant…Ce n’est même plus une question d’anti-spécisme ou de veganisme. Simplement parce que l’on a fait du chemin ensemble, parce qu’… on vient de loin. Mais il reste du chemin à fleurir !

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Written on May 2, 2020
Categorie : reflexion
Tags : blog,confinement,covid-19,Réflexion