Blog - Covid-19 et moi, épisode 2/?

Au départ, j’avais prévu un spécial télé-travail mais vous avez déjà pris des bonnes et mauvaises habitudes, amis privilégiés. Donc je vais faire ma Slimani, ma Doillon ou ma Darrieussecq mais dans le monde réel, ce monde méconnu des gouvernants…

Je commence le récit au bout du 5ème jour du confinement. C’est ma première sortie ce matin pour quelques courses de frais. La ville dort encore, à peine trois voitures et un piéton croisé. La Boulangerie est vide de clients mais il y a du pain, des viennoiseries, juste ce qu’il faut malgré l’absence des apprentis. Ce midi, ça sera Banh-Mi maison…Je file chez mon dépanneur (je préfère ce terme québecois moins racisé qu’épicier arabe) qui fait aussi primeur. Il y a déjà du monde devant le Lidl d’à côté. Forcément c’est plus cher mais on est bien content de le trouver de 8h30 à 22h dans ce coin, surtout qu’il aide aussi pas mal de gens dans le besoin dans la cité d’à côté. Il a un masque, des gants. Je lui dis de prendre soin de lui. Il m’aura fallu 20 minutes pour tout faire, je suis tranquille, détendu, je rentre. Quel silence. On entend les oiseaux et même tous ces bruits de la nature que l’on ignore trop souvent derrière le vrombissement des moteurs au feu vert. Je lui ai dit “à la semaine prochaine”.

Il me reste un “drive” cette semaine car je limite toujours les échanges sociaux au minimum.(De toute façon, le Drive c’est fini, plus de créneaux maintenant.) Et en même temps ça me fait “chier” car ça participe à une forme d‘esclavage moderne. Ah le gouvernement s’y connaît bien en ce moment en passant en catimini une loi d’urgence qui permettra aux patrons d’imposer l’utilisation de jours de congés hors périodes légales, de dépasser les 35 heures, etc… C’est le moment de lire du Naomi Klein : La Stratégie du choc. Si tous les coups sont permis chez les puissants, il ne faudra pas hésiter à utiliser les coups légaux après cette crise. Après un an d’avertissements des hospitaliers (et même des années), on ne peut pas répondre “on ne savait pas” ou “c’est pas moi c’est les autres”. En attendant on a des “esclaves” ( ndr : non je n’utiliserai pas de termes de guerre ) dans les hôpitaux qui risquent leurs vies. On les a aussi dans la grande distribution, dans la logistique, dans les personnels d’entretien, de ménage, ces “intouchables” de chez nous. Mais ça ne s’arrête pas là dans le creusement des inégalités.

Dans ma boîte, beaucoup de cadres restent en télé-travail. Mon chef est chez lui, son chef reste au boulot et au dessus aussi. Exemplaires…ou un peu trop zélés, on choisira. Je suis en télé-travail comme beaucoup de gens à mon petit niveau car c’est plus administratif ces derniers temps. Les ouvriers et techniciens niveau 1 restent, sauf contre-indication médicale, ce qui est aussi vu comme un injustice. Bilan on a parfois 40% d’effectif présent à qui on demande 80% de la charge habituelle de travail. D’autres doivent venir mais n’ont pas de boulot, faute d’approvisionnement. Le terme “chair à canon” est utilisé dans les discussions. C’est n’importe quoi parce que le gouvernement refuse d’accorder le chômage partiel à l’industrie, comme il le fait au bâtiment dans un chantage scandaleux. Pire même, Bruno Le Maire a fixé le coût de cette mise en danger à 1000 Euros…donnés par des employeurs qui n’arrivent déjà plus à rentrer d’argent. Illusoire et dégueulasse. Déjà qu’aucun maire ou préfet n’a osé empêcher les élections municipales alors que c’était déjà du bon sens. Là on risque d’avoir des gens contaminés (c’est fait ? ), morts ou affectés à vie par ces demandes contradictoires : Restez chez vous mais faites 40km pour aller bosser en touchant des objets potentiellement porteurs puisqu’aucun masque ou gel. A peine quelques vaporisateurs de désinfectants. On sait déjà que tous les projets prendront 6 mois de retard et c’est mondial donc les concurrents aussi. A quoi bon…pour des bagnoles.

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Alors parler de télétravail paraît soudain futile. Pourtant je vais rappeler des évidences. J’ai mis 2 jours à me faire à ce mode là, quand jusqu’ici c’était très ponctuel. Déjà j’ai noté tout ce que j’avais à faire et j’ai priorisé car forcément je réponds moins à des urgences locales. Ensuite j’ai organisé mon planning avec ces tâches, avec des pauses pour marcher à l’intérieur, parler avec madame, les chats (si, si, ça parle un chat, vous ne saviez pas ? ). Et j’ai réservé un espace pour ce travail, plutôt que me vautrer sur le lit comme je le fais actuellement en écrivant cet article. A défaut de s’habiller comme pour sortir, j’ai au moins pris le temps d’être présentable. Je fais des audio-conférences, jamais de vidéo. Mais il y a du partage de document. Dans ma boîte ça passe par skype et ça tourne difficilement à partir de 9h30 jusqu’à 11h30. Pour beaucoup de secteurs, c’est carrément le blackout de 8 à 18h. Ah ces fainéants du tertiaire quand moi je commence à 7h - 7h30. (second degré inside, il vaut mieux préciser en ce moment) Il faut parler parfois, ou au moins communiquer par messagerie interne, notamment aux collègues restés sur place qui se sentent abandonnés. On fait pression sur la ligne hiérarchique pour arrêter ça. Les syndicats essayent aussi. Mais rien de neuf sinon des messages contradictoires dans la même journée. En parlant de messagerie il y a justement celle interne genre messenger, skype en textuel. Il y a sinon le mail pour les échanges plus formels, les compte-rendus. Et sinon il y a les documents mis en ligne pour ce qui devra rester, sera archivé. Et quand il y en a pas, attention à ne pas abuser de n’importe quoi. Mais surtout il faut casser un peu le rythme, prendre du recul, regarder à l’extérieur, faire sa pause café et enfin DE CON NEC TER. Le gros piège est là.

Je l’ai déjà dit, j’ai un PC et un Smartphone perso et il n’y a rien de boulot dedans. J’ai un téléphone et un PC boulot donné par ma boîte. C’est un luxe. Pour ceux qui n’ont qu’un PC, une astuce est de créer des profils. Pour le perso, ça sera le profil MOI_PERSO (c’est un exemple, hein…) avec vos favoris, vos jeux, etc…Pour le boulot, créez un profil MOI_BOULOT et ne laissez accessible que ce qui concerne votre boulot avec vos documents de travail qui ne seront accessibles que de là. Malheureusement pour le téléphone, tous les smartphones ne savent pas faire deux profils et surtout vous n’avez peut-être qu’un numéro. Et puis pour relier les PC au réseau de l’entreprise, tout le monde n’a pas mis en place des passerelles sécurisées, ces fameux VPN. Le savoir-faire est souvent sous-traité.

Cette crise a mis en lumière la problématique des lieux pour échanger, des méthodes pour partager des documents, notamment dans l’enseignement, parent pauvre à tous niveaux (formation, moyens, financement). Il y a beaucoup d’établissements qui ont sous-traité à des gens qui sont les moins-chers mais n’ont pas idée de ce qu’il faut pour passer une charge inédite. En général on met au cahier des charges le nombre de connexion moyenne +20-50% selon les cas. Mais quand les gens n’ont pas l’habitude de travailler avec des outils en ligne, ce chiffre est faux. Ça se voit en général au lancement d’une nouvelle plateforme où la curiosité fait exploser le serveur. Le vrai chiffre du max serait plus à voir dans les 75 à 80% de la population visée, selon moi. Les sysadmin pro me corrigeront. Et ça a un coût conséquent. Aujourd’hui, difficile de se retourner contre un sous-traitant si on a inscrit une mauvaise estimation au cahier des charges.

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On cherche donc des **alternatives **et forcément on se rabat sur les solutions privées que l’on utilise dans ses loisirs : Discord, Facebook, Whatsapp, Dropbox, Snapchat, Slack et j’en passe. J’aurais pu mettre des documents sur mon espace perso Box qui est quasi vide maintenant, si je n’avais plus cela de fonctionnel dans ma boîte. Mais il faut prendre garde à la confidentialité, au chiffrement de bout en bout. La plupart des utilisateurs ignorent cela. On va d’abord vers ce qui fonctionne. J’ai vu pas mal de mises en place d’instances Jitsi avec les liens qui circulent sur Mastodon (le Twitter des libristes où on ne parle surtout que de libre, hélas). ça passera pour un petit groupe. Framasoft, conseillé par quelques irresponsables qui n’ont pas idée des ressources pour passer une telle charge, a vu ses outils exploser. Ça s’est calmé depuis. Décentraliser c’est bien mais à un moment il faut surtout relocaliser et bien dimensionner, en développant le savoir faire. Responsable informatique, c’est un vrai poste à plein temps, ok? Cela dit, pour l’instant (j’attends de voir le confinement US), les grosses plateformes résistent bien. Ils ont aussi de l’expérience et une vraie culture du risque. (c’est un peu eux qui ont écrit les règles en AMDEC, qualité avec nos amis japonais). C’est après cette crise qu’il faudra se poser et réfléchir à des solutions. Et LE FAIRE, pas seulement en parler.

Car tout ce qui nous arrive, comme je l’ai déjà dit, c’est le fruit de mauvaises économies que nous allons payer au centuple. Macron fustige les “yakafaukon”… il est pourtant bien aussi coupable que les trois précédents présidents qui ont cru naviguer éternellement en eaux calmes. Toutes les économies sur les services publics se payent bien plus ensuite quand il faut tout reconstruire. Et en plus ça touche les privés…Enfin pas les gros qui vont encore jouer les pleureuse après avoir récupéré le pactole. Qui a fermé des vieux bâtiments d’hôpitaux à Marseilles, Lyon, Paris pour les revendre au secteur du luxe pour en faire des galeries commerçantes et des hotels ? Qui a baissé drastiquement les réserves de masques et autres matériels essentiels sous prétexte d’une crise du H1N1 mal gérée (la seule chose où je n’en ai jamais voulu à Bachelot…contrairement à mes concitoyens) ? Qui était à la cour des comptes et faisait des rapports zélés pour dépecer le service public avant d’intégrer les cabinets ministériels ou de l’élysée ? Voilà pas mal de questions qu’il ne faudra pas oublier de poser. Comme se rappeler d’un gouvernement bien actuel qui tabassait les infirmier.es qui réclamaient juste un salaire décent, des moyens. Quand je pense que je gagne plus que tous ces courageux soignants…et bien moins que des métiers parasites que je ne nommerai pas….pas que celui ci-dessous.

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Cette crise a fait (re)monté en moi, comme chez les soignants et les laissés pour compte de l’économie libérale, de la colère. J’ai vu ces individualistes privilégiés fuire les grandes villes par le train, pour aller contaminer ailleurs sans même avoir été testés. J’ai vu tous ces grands élus et ces stars être testés alors que les soignant ne savent souvent pas eux-même s’ils sont porteurs. J’ai vu des gens se balader comme si de rien n’était sur les plages et dans les parcs, faire du sport à toute heure comme si c’était indispensable. Le premier ministre leur a même laissé une heure par jour à 1km autour de chez eux. Ubuesque. Mais c’est indispensable de sortir pour ceux qui sont entassés ans des appartements souvent insalubres, qui vont dans des marchés par nécessité et pas par luxe et que la droite va encore montrer du doigt. Bande d’infâmes. Et quid des sans-abris à qui on ne propose même pas d’ouvrir des lieux comme les gymnases qui ne servent à rien, et qu’on a le culot et l’indécence de verbaliser. On parle de plan d’urgence mais il n’y a rien de concret. Il y a même eu des soignants verbalisés ! Dans ces moments là, on pense vraiment qu’il devrait y avoir une justice naturelle (appelez là divine si vous voulez) pour punir ces gens, les toucher personnellement dans leur chair pour qu’ils comprennent.

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Dernier exemple : Ma rue n’applaudit pas à 20 h…Je vous assure que ça fait du bien d’ouvrir la fenêtre, applaudir, crier son soutien à tous ceux qui se dévouent pour les autres. J’y ajoute quelques slogans, hé, hé. C’est anodin ? Pas tant que ça quand on est à bout à la fin d’une journée de 14h à l’hôpital. Mais en même temps demander à mes voisins de supporter ceux qu’ils ont concourus à mettre dans la merde par leurs votes, est bien hypocrite (les seuls que j’entends sont dans la cité HLM pas loin…). Il se trouve même parmi les médecins et responsables de la santé en première ligne, des gens qui étaient des conseillers santé de ces gouvernements qui ont littéralement tué l’hôpital public. Un peu de décence serait au moins de faire un mea culpa et de préparer sérieusement l’après en reprenant l’argent perdu là où il est maintenant. Pour l’instant** le concret** c’est aussi appeler ses parents qui ne peuvent plus se déplacer. La belle mère qui n’entend plus rien, c’est compliqué au téléphone. Il reste le beau-frère à moins de 2km en urgence. L’aide à domicile fait ce qu’elle peut, sans trop de protections d’ailleurs. Et heureusement j’avais blindé ses réserves il y a deux semaines, en prévision de ce chaos.

On parle de fin du monde, fin d’un monde, fin du libéralisme … Vous y croyez vraiment ? Si je ne pensais pas voir un tel chaos de mon vivant, surtout après mon début d’année, je ne crois pas que cela change quelque chose pour cette génération déjà perdue. J’ai croisé tellement de jeunes insouciants dans ma rue le soir en fermant mes volets, sûrs de leur invincibilité comme il y en avait il y a 40 ans avec le SIDA. Personne n’est encore assez persuadé de toutes les urgences de ce monde, à moins d’avoir un proche décédé. Il faudrait une hécatombe pire que la grippe espagnole pour cela. Je ne peux pas le souhaiter. Et pourtant je suis inquiet pour l’Afrique dans sa globalité, le sous-continent indien, ou même les USA (souvenez vous de Katrina…) qui n’ont pour l’instant pas été trop touchés. On parle de deuxième vague en Chine. Il y en aura d’autres et finalement, j’aurais peut-être à changer de métier plus vite que prévu. Mais ça, on en reparle dans un prochain billet ?

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Written on March 25, 2020
Categorie : reflexion
Tags : covid-19,reflexion,blog