BD - Cinq branches de coton noir de Sente et Cuzor (2018)

Voilà un sujet atypique que nous emmènent suivre Yves Sente (scénario) et Steve Cuzor (dessin) dans cet album : Les origines et la destinée du premier drapeau américain. Une fiction qui paraît crédible sur le premier drapeau américain, le Betsy Ross.

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Et si justement derrière cette Betsy Ross, il y avait une autre femme, une esclave noire de cette amérique de 1777… Et si derrière ce drapeau si souvent brandi, on avait oublié le rôle des noirs, le racisme qui persiste encore dans le traitement des soldats. C’est toute l’histoire que retrace l’ouvrage jusqu’à la 2nde guerre mondiale, la bataille des Ardennes à la poursuite d’un officier SS qui s’est emparé du drapeau originel.

Et là, on est dans du connu, avec une vision très cinématographique. Le trio de soldats noirs que l’on va suivre intègre les Monuments Men qui ont réellement existé en dehors du film de Clooney. Et dans cette épopée derrière et devant la ligne de front, il y a quelque chose de “Il faut sauver le soldat Ryan”. On y retrouve le sacrifice pour un drapeau qui est un symbole. Mais chut…je n’en dirai pas plus sur l’objet. La première partie lui est consacrée alors que la deuxième est plus concentrée sur la quête de ces hommes, une quête de reconnaissance aussi. Comme ils le disent, Jesse Owens a peut-être défié Hitler et remporté les jeux de Berlin mais il n’a pas été reçu non plus à la Maison Blanche par Roosevelt, car il fallait être réélu avec le vote du sud.

Le cœur du récit est bien sur le racime, le ségrégationnisme. On a oublié les soldats noirs lors du débarquement, l’histoire de ce 320ème bataillon, notamment. Ce bataillon “noir”, le seul, avait les tâches ingrates et il a fallu du temps pour les réhabiliter : 65 ans. Mais pendant ce temps, d’autres mourront pour ce drapeau aux étoiles à 5 branches , aux étoiles blanches. On retrouve aussi de cette histoire dans ce scénario plutôt bien ficelé, s’il n’y avait quelques longueurs. Il y a d’abord cette mise en place, destinée à faire aussi ressentir l’ennui, l’attente de ces soldats puis le flashback en 1777 qui a du mal à s’installer. Et puis il y a la partie action de la seconde partie, le saut en parachute, le débarquement, la poursuite du méchant de l’histoire. C’est un peu trop incroyable au point de faire passer le Soldat Ryan pour un film paisible.

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Mais il y a aussi ce dessin de Cuzor, très contrasté qui sied parfaitement à cette période de guerre. Je le trouve un peu moins pertinent pour la période de la révolution car presque banal. Les chapitres sont entrecoupés de jolis portraits de nos héros …. et héroïnes. Une réussite au final et qui paradoxalement donne le sentiment de trop peu, de trop court pour ce dénouement.

Written on March 31, 2020
Categorie : bd
Tags : 2010s,bd,esclavage,guerre,histoire,racisme