Littérature - Bakhita de Véronique Olmi (2017)

Quelque chose m’a attiré mystérieusement vers ce livre, auréolé d’un prix du Roman Fnac 2017. Ce n’est justement pas ce prix, car j’aurai plutôt tendance à me méfier de la mafia des prix. C’est plus la couverture et la vie de Joséphine Bakhita, l’esclave devenue religieuse et canonisée par le pape Jean-Paul II.

Il y a déjà eu d’autres ouvrages sur la vie de cette femme mais je n’en avais pas lu. Je n’ai pas lu non plus son histoire retranscrite avec l’aide de Maria Luisa Dagnino mais c’était l’occasion d’en connaître plus sur l’esclavage, la traite des esclaves au 19ème siècle, dans la corne de l’Afrique. Je me suis emparé de cette biographie sans à priori, curieux surtout de la première partie de sa vie, celle qui la mena de l’enfance innocente au Darfour jusqu’à un couvent en Italie.

Véronique Olmi écrit donc une biographie déjà bien balisée par les écrits existants. Mais il lui fallait trouver un angle original, un plus. Ce plus, je l’ai ressenti immédiatement dans le style employé, dans cette manière de se mettre à la place ou tout à coté de l’héroïne. Contrairement à beaucoup des biographies que j’ai lu récemment, c’est très bien écrit. Ici, le fond et la forme sont à égalité, quand justement on donne trop de prix au sujet par rapport à son traitement. C’est élégant sans être voyeur. C’est cru sans être vulgaire. C’est violent sans être horrible. On est véritablement bouleversé dès les premières pages du livre pour devenir témoins des horreurs de l’esclavage. La terrible machine de la traite des esclaves semble gigantesque, du petit village où vivait la jeune fille jusqu’à Karthoum puis jusqu’au coeur l’italie avec une incursion dans l’empire ottoman, bien qu’elle n’y mette pas les pieds. Le lecteur se sent véritablement impuissant face à toutes cette succession de moments forts.

Il me vient beaucoup d’images à la lecture de ce livre, des images durables qui me semble retranscrire au mieux ce qu’est l’esclavage. Nous sommes à la fin du 19ème siècle mais tout le monde est bien complice de ce marché lucratif. Rien que pour tout cela, le livre vaut le détour. Je suis par contre plus circonspect sur la partie “religieuse” du récit, sans doute parce que ma volonté de lire ne partait pas de là. Elle peut intéresser aussi des lecteurs et lectrices mais ça ne me semble pas l’essentiel à moi. L’auteur ne pouvait de toute façon isoler cela du reste de la vie, ne prendre qu’une petite portion de cette existence. Ce livre m’a donc un peu réconcilié avec cette rentrée littéraire 2017 qui avait eu beaucoup de pétards mouillés.

Written on February 1, 2018
Categorie : litterature
Tags : 2010s,biographie,esclavage,littérature,LittératureetBD,roman